Le ministre de l'Intérieur dévoile sa stratégie

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Le ministre de l'Intérieur dévoile sa stratégie

Message  Admin le Ven 31 Oct - 15:52

Le ministre de l'Intérieur dévoile sa stratégie de dialogue par l'intégration Antoine Duquesne lance le grand chantier de la police L'esprit d'Octopus souffle à l'Intérieur «Ils devront être capables de sortir de leur ancien costume» Bains de mer et de néerlandais

LAPORTE,CHRISTIAN

Vendredi 6 août 1999

Le ministre de l'Intérieur dévoile sa stratégie de dialogue par l'intégration Antoine Duquesne lance le grand chantier de la police

Lors des négociations octopartites visant à initier des réformes de fond de la police et de la Justice réclamées par les Belges après l'été meurtrier de 1996 et devenues incontournables après la rocambolesque évasion de Marc Dutroux, Antoine Duquesne était apparu comme un des principaux «remueurs d'idées» de l'opposition, fort de son expérience de cette problématique au sein du PRL. Passé de l'autre côté, depuis les élections du 13 juin, comme l'un des deux grands maîtres d'oeuvre du chantier des réformes - avec son collègue de la Justice, Marc Verwilghen -, le nouveau ministre de l'Intérieur s'est immédiatement attelé à préparer la concrétisation de ce projet qui sera, sans conteste, une des clés de la réussite ou de l'échec de la nouvelle majorité gouvernementale.

Antoine Duquesne tient absolument à gagner ce défi et c'est la raison pour laquelle il a intégré dans son cabinet des représentants des trois grands corps de police, afin d'associer très étroitement ces derniers à la préparation concrète des réformes qui devraient être opérationnelles pour le 31 mars 2001. Dans une interview exclusive au «Soir» et au «Morgen», le nouveau ministre a expliqué sa stratégie pour les prochaines semaines: tout en relisant personnellement toutes les notes réalisées lors des négociations, Antoine Duquesne met en place une «task-force» avec des représentants de la police judiciaire, de la gendarmerie et des polices communales, afin d'intégrer le plus harmonieusement possible toutes les revendications et souhaits de chacun de ces corps. Mais les «grands patrons» de ceux-ci seront aussi régulièrement consultés. L'objectif est clair: plus question de tergiverser et de se disperser dans des querelles qui nuisent à l'ensemble des polices et qui mettent, surtout, en péril la réussite d'Octopus.

CHRISTIAN LAPORTE

Articles page 14

L'esprit d'Octopus souffle à l'Intérieur

Antoine Duquesne a déjà lancé la réforme des polices. Avec les principaux acteurs. Interview exclusive.

UN ENTRETIEN

de Christian Laporte

Lorsqu'après l'incroyable évasion de Marc Dutroux en avril 98, la plupart des partis démocratiques belges initièrent le projet de réforme de la police et de la Justice, le libéral Antoine Duquesne fut un des acteurs les plus dynamiques de la négociation, fort de son expérience en la matière au sein du PRL et comme président de la commission de la Justice de la Chambre.

Le premier citoyen de Manhay ne se doutait guère alors qu'il serait appelé à être un des deux principaux maîtres d'oeuvre de la réforme avec Marc Verwilghen. Elle figure au sommet de l'agenda gouvernemental. Le nouveau ministre de l'Intérieur l'a donc immédiatement prise à bras-le-corps. Dans la ligne du nouvel esprit gouvernemental qui prône le dialogue et la transparence. Une «task force» regroupant des représentants de chaque grand corps de police se met en place et dès la rentrée, le ministre entamera une vaste consultation. Il s'en ouvre au «Soir» et au «Morgen».

*La réforme sera intégralement réalisée dans l'esprit qui a présidé à sa mise en oeuvre et dans le délai qui a été fixé, à savoir pour le 31 mars 2001. Le temps des nostalgies est révolu, les différents corps de police ont rendu des services éminents dans le passé mais il faut se situer dès à présent dans la perspective de la nouvelle culture judiciaire. Cela ne doit vraiment inquiéter personne, certainement pas les polices... Le public non plus ne doit pas être inquiet car l'objectif premier est qu'il soit mieux servi en matière de sécurité. L'exercice est difficile et je compte sur les policiers, tous corps confondus, pour le concrétiser rapidement. Dans un premier temps, je vais organiser des consultations: comme pour les demandeurs d'asile, je suis partisan du dialogue mais pas de la palabre. J'écouterai tous ceux qui ont quelque chose à me dire sauf s'ils se présentent comme représentants de lobbies. Chaque corps devra prendre ses responsabilités.

*Octopus, selon Dehaene, fixait l'échéance au 1er janvier 2001. Pourquoi alors ce report?

*...L'accord de gouvernement le prévoit... Je ne pense pas qu'on puisse parler de retardement et de toute façon, pour une nouvelle vie, le printemps, c'est mieux que l'hiver! Ces trois mois de plus ne seront pas inutiles car le timing est serré. Avant d'entamer mes consultations, je veux relire tout ce qui a été proposé. Les partis démocratiques ont été associés à Octopus et c'est heureux car la future police sera un élément-clé d'une meilleure démocratie...

*Mais l'idée de la police unique fait encore frémir d'aucuns...

*Octopus, c'était une police intégrée à deux niveaux. Ni plus, ni moins. Je veillerai à ce qu'on s'y tienne. Après avoir relu toutes les contributions et procédé aux consultations, on s'attelera à leur «traduction» en textes légaux. Il y en aura un nombre considérable: plus de cent arrêtés devront être pris. Puis, certains d'entre eux feront l'objet de négociations syndicales. Suivront alors les procédures budgétaires et l'attente vraisemblable de certains avis du Conseil d'état. Sans oublier le passage par le Conseil des ministres.

*Quelles méthodes utiliserez-vouspour clarifier tous les problèmes?

*J'ai déjà rencontré le ministre de la Justice. Marc Verwilghen a été très positif. Il sera impossible de glisser une feuille de cigarette entre nous. Mais je piloterai personnellement la réforme. Pas tout seul: au sein de mon cabinet, j'aurai une task-force. Outre mon chef de cabinet adjoint, Benoît Rutten, j'aurai non pas des représentants mais trois hommes particulièrement bien au fait des problèmes pour avoir appartenu à chacun des corps concernés (1). Tous trois seront sur pied d'égalité. Je leur ai également demandé d'oublier pour une part leur corps d'origine. Mais pas totalement: je veux bénéficier de leur expérience antérieure. Ils préfigureront la nouvelle police intégrée. Mais je prendrai aussi l'avis des chefs de corps, du commandant général de la gendarmerie, du commissaire général de la police judiciaire et d'un commissaire représentatif de la police communale. S'ils ne sont pas d'accord sur un point, ils pourront le dire franchement mais devant leurs collègues. Tous chercheront une meilleure formule. Et j'inviterai d'autres experts comme le gouverneur du Brabant flamand De Witte qui a bien débroussaillé le terrain.

*Quelles seront les priorités?

*Nous travaillerons par blocs de matières. Chacun d'eux aura un comité d'accompagnement avec les trois corps. Le plus urgent? C'est la mise au point des statuts. Chacun doit non seulement pouvoir s'y retrouver mais s'y sentir bien. La mission est de réunir des hommes et des femmes de formations et de cultures très différentes, de règles de commandement particulières. Entrer dans leurs logiques actuelles serait suicidaire. Plutôt qu'un rationnel logique pour démêler cet écheveau, il faudra avant tout un bon cuisinier qui met la petite pincée de sel, la petite pincée de poivre, le liant pour faire en sorte que la tambouille soit acceptable pour tous. Je veillerai ensuite au respect strict des deux niveaux de police avec leurs spécificités, leurs missions et surtout à leur collaboration fonctionnelle, sans liens hiérarchiques. Concrètement, il y aura des transferts honnêtes du plan fédéral vers le plan local. Pas question de revenir sur l'idée que le personnel des brigades de gendarmerie rejoindra les polices locales. Ni sur la décision de transfert de moyens en bâtiments et en matériel. Les deux niveaux ne manqueront pas de travail: les polices locales assumeront toutes les missions de la police de base; pas question d'appeler la police fédérale. Cette dernière se verra aussi dotée des moyens nécessaires. Mais ce ne seront pas pour autant des polices cloisonnées. Si elles commettaient un faux pas, le gouvernement rectifiera le tir. Cela dit, il y a des contraintes budgétaires. Je veux donc avoir toutes les garanties pour démarrer en 2001.

*Justement, quelles sont les perspectives budgétaires?

*Après la crise de la dioxine, il ne faut pas donner de fausses illusions. On a parlé de 5 à 7 milliards mais pour l'heure, nous ne disposons pas de toutes les données pour avancer un chiffre vraiment crédible. Une certitude: je trouverais inacceptable que l'on fasse payer la note aux communes si elles remplissent bien leurs devoirs.

(1) Bernard Ista (police judiciaire), le Colonel Koekelberg (gendarmerie) et un commissaire de police à désigner.

«Ils devront être capables de sortir de leur ancien costume»

Au-delà des grandes lignes du décollage concret de l'accord Octopus, des questions très précises se posent déjà concrètement au nouveau ministre. Il ne les élude pas, tout au contraire, ne fût-ce que par fidélité au pacte octopartite auquel devrait aussi souscrire la famille écologiste...

*Quid de l'organigramme de la police fédérale?

*Je n'aime pas les armées mexicaines... mais suis sans préjugés. Comme nous sommes partisans de nominations non politiques mais objectives et fondées sur la recherche de la qualité, les chiffres futurs du cadre ne doivent pas nécessairement correspondre à ceux lancés par les partenaires d'Octopus. Il y en aurait, du reste, un fameux paquet. Une évidence: il nous faudra des managers dotés de qualités policières mais pas exclusivement: ils devront aussi avoir la capacité de se sortir de leur ancien costume. Une certitude: lorsque la direction générale de la nouvelle police fédérale verra le jour, il n'est pas question de faire un étage d'anciens péjistes, un étage d'anciens BSR et ainsi de suite; tout le monde sera intégré de suite. Mais il y a d'autres points délicats: le fonctionnement des nouveaux arrondissements, l'unification informatique et la nécessité de prendre toutes les mesures pour la protection des droits. Il faut se méfier de toute dérive sécuritaire. On attrapera probablement plus de délinquants en renforçant cet aspect mais on ne vivrait plus dans un régime de libertés. Or, les Belges ne veulent pas seulement plus de sécurité mais aussi plus de liberté. Mon cabinet comprendra une magistrate - NDLR: Geneviève Molle - pour s'occuper de ce volet.

*La déclaration gouvernementale insiste aussi beaucoup sur les organes de contrôle de la nouvelle police.

*C'est un élément essentiel. On ne veut pas d'une police unique mais d'une police intégrée contrôlée démocratiquement. On confiera donc le contrôle du fonctionnement des services à une Inspection générale qui devra aussi rendre des comptes. Puis, il y a tous les mécanismes prévus par la loi: le contrôle local par les autorités communales, le contrôle fédéral par le Parlement.

*Mais cela nécessite une révolution des esprits...

*La nouvelle police doit être professionnelle. La qualité du recrutement, de l'encadrement et de la formation est tout à fait essentielle. Il s'imposera, je pense, de lancer rapidement une campagne de promotion à grande échelle qui précisera qu'on veut constituer un corps d'élite. Nous aurons vraiment besoin des meilleurs éléments pour restaurer la confiance. En outre, devenir policier sera de plus en plus un métier à risques. C'est pourquoi il faudra les doter de statuts honnêtes par rapport à l'ensemble de la fonction publique. D'autant plus, répétons-le, que les attentes de l'opinion sont très grandes...

Bains de mer et de néerlandais

Dans son grand bureau de la rue Royale qui donne sur le parc de Bruxelles, le nouveau ministre de l'Intérieur prépare sereinement la rentrée qui risque d'être chaude sur le front des demandeurs d'asile comme sur celui de la réforme des polices. Mais il prendra quand même quelques jours de repos dans le Midi de la France, question de recharger ses accus, après une campagne électorale harassante et un début de ministère sur les chapeaux de roue. Mais le GSM ne sera pas loin car comme l'a dit mon homologue français, Jean-Pierre Chevènement, parti se reposer à l'île de Ré, un ministre de l'Intérieur ne prend jamais de vacances...Avant de rejoindre son épouse, le ministre de l'Intérieur continuera cependant à fréquenter trois fois par semaine la Nederlandse Academie, question de montrer à certains commentateurs flamands pointus qu'il n'est nullement rétif à parler la langue de Vondel et de Patrick Dewael.

J'ai gardé pas mal de notions de mon néerlandais scolaire mais je souffre du mal des ministres francophones: nous n'osons pas nous jeter à l'eau...

Ce ne sera plus le cas, bientôt car à l'entendre «in 't nederlands», on peut dire que le fond est franchement bon... même si la prononciation du «g» laisse encore à désirer. Mais son chef de cabinet adjoint qui s'immerge aussi avec ferveur le lui rappellera s'il échet!

C. L.

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