Guerre à Neufchâteau (2)

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Guerre à Neufchâteau (2)

Message  Admin le Ven 31 Oct - 11:57

Guerre à Neufchâteau (2)
Renvoyé ou pas ?

Quelques jours après la parution de l’article du Morgen, le Journal du Mardi écrivait quant à lui que le juge d’instruction Langlois avait lancé, en 1997, une offensive médiatique afin de faire blanchir Michel Nihoul. Le journal faisait référence à un document du procureur Bourlet qui révèlait comment, le 12 septembre 1997, il avait découvert qu’une réunion avait eu lieu au Palais de justice de Neufchâteau, entre Langlois et trois journalistes collaborant à un reportage de l’émission RTBF Au Nom de la Loi. Dans ce reportage, diffusé cinq jours plus tard, les indices de culpabilité que Connerotte avait rassemblés contre Nihoul étaient carrément tournés en dérision. L’émission marquait un tournant dans la manière dont l’opinion publique regardait l’affaire Dutroux.

Certains médias ont qualifié les articles parus dans le Morgen et dans le Journal du Mardi de ‘campagne scandaleuse pour discréditer Langlois’, nouvelle épreuve de force entre croyants et non-croyants, afin d’influencer l’enquête Dutroux. Neufchâteau est, en effet, actuellement dans une phase décisive. Le 17 janvier prochain, Francis Moinet, le président de la Chambre du Conseil, devra décider qui, dans l’affaire Dutroux est renvoyé aux Assises. Après quoi, la Chambre des Mises en Accusation, se penchera aussi sur l’affaire, puis il y aura le fameux compte à rebours avant le procès tant attendu dans l’affaire Dutroux qui, au mieux, ne pourrait commencer qu’à l’automne 2003.

La grande question, en ce moment, est de savoir si Michel Nihoul sera renvoyé aux Assises également. Langlois a toujours affirmé qu’il n’y avait rien à trouver à charge de Nihoul. C’est pourquoi il ne demande aucun renvoi aux Assises. Bourlet, quant à lui, trouve que Nihoul devrait comparaître devant les Assises, parce qu’il existe déjà une série d’indications suivant lesquelles Nihoul a été le meneur dans la bande Dutroux dans le volet trafic de drogues. Le trafic de drogues est selon Bourlet intimement lié à l’enlèvement des enfants.

Connerotte écrit

Le ministre de la justice Marc Verwilghen a, entre-temps, fait savoir qu’il examine de plus près les indications qui font état de la partialité éventuelle du juge d’instruction Langlois. Mais il n’est pas très enclin à, de nouveau, reporter le début du procès Dutroux. Nihoul a fait savoir par l’intermédiaire de son avocat qu’il déposerait plainte contre le procureur Bourlet.

Et le juge d’instruction Connerotte ? Pendant tout ce temps et jusqu’à aujourd’hui, il s’est tenu à l’arrière plan, tout en suivant, bien sûr, l’affaire de très près. Sa lettre à Bourlet du 27 octobre 2000, montre qu’il se pose de sérieuses questions sur l’évolution des choses dans la dossier Dutroux depuis le jour où il s’en est vu retirer la charge.

« Les faits dans le dossier Dutroux sont tellement graves » écrit Connerotte « que l’on peut tout de même supposer que des enquêteurs allaient mettre tout en œuvre pour découvrir la vérité. Mais c’est le contraire qui se produit : on a rarement mis autant d’énergie contre une instruction. Cela est vrai depuis août 1996 ».

Connerotte fait un parallèle avec ses expériences vécues dans le dossier de l’assassinat d’André Cools où, tout comme dans l’affaire Dutroux, il a été retiré de l’instruction par la Cour de Cassation (le 1er juin 1994). Il était alors sur la piste de ce que l’on a appelé les ‘titres volés’ et il avait fait arrêter quelques suspects de l’entourage du cabinet de feu Alain Vanderbiest. Connerotte pense qu’aussi bien dans l’affaire Cools que dans l’affaire Dutroux, les médias (téléguidés par certains hommes politiques) ont joué un rôle néfaste. Un des exemples concrets qu’il cite pour accréditer cette thèse, est précisément celui de l’émission RTBF Au Nom de la Loi. Il trouve également bizarre de voir avec quelle ‘sélectivité’ le Parquet général général de Liège réagit sur les fuites dans les médias : « Les médias (par exemple les responsables d’Au Nom de la Loi) qui ont aidé à dénigrer des enquêteurs ou des magistrats (Bourlet et Connerotte, ndlr) et les enquêteurs qui ont donné des informations à ces médias semblent manifestement être protégés » écrit Connerotte « tandis que d’autres enquêteurs et magistrats sont suspectés de violation du secret professionnel. Dans les enquêtes menées à leur encontre, on ne s’épargne vraiment aucune peine. Pire encore, ils sont souvent l’objet d’un véritable lynchage médiatique ». La remarque que fait Monsieur Connerotte prend une dimension supplémentaire à présent que l’on sait que l’un des informateurs d’Au Nom de la Loi, n’était autre que Jacques Langlois lui-même.

Une vraie passoire

Lisons ce que contient le compte rendu de l’audition auquel le juge Langlois a soumis son collègue Connerotte le 8 décembre 2000. Le juge Langlois a sous les yeux la lettre que Connerotte adresse à Bourlet (qui a, entre-temps, été jointe au dossier Dutroux) et il demande à Monsieur Connerotte de lui fournir des explications.

Langlois : « Je vous montre un passage de votre lettre, le passage dans lequel vous dites qu’il y a une campagne visant à faire échouer l’instruction judiciaire concernant certains dossiers sensibles. Vous mettez en cause le rôle de certains hommes politiques et de certains médias qui mettent en route un processus de - je vous cite - outrages, isolement et mise à l’écart de magistrats, d’enquêteurs, de témoins... qui étaient, selon vous, en train de découvrir des éléments importants pouvant élucider l‘affaire. Que voulez-vous dire par là ? Quels sont ces éléments ? »

Connerotte : « Je crois qu’un tel processus (d’outrage) est vraiment en cours. J’ai écrit ma lettre en réaction à deux instructions judiciaires qui manifestement ont été initiées par le Parquet général général de Liège : l’enquête sur les fuites dans le dossier Dutroux, et une autre que me vise directement, et aux termes de laquelle je serais suspecté de faux en écriture... »

Un petit mot d’explication. L’enquête sur les fuites dans l’affaire Dutroux a été initiée fin 1997, par le Procureur général liégeois Anne Thily, après qu’elle se soit fâchée en commission parlementaire Dutroux à propos des fuites dans les médias. (Rapellez-vous les images d’une Thily hystérique qui criait d’une voix forte : « C’est terminé ! ») L’enquête était officiellement menée contre X, mais il ressort des devoirs d’enquête, que Liège soupçonne, essentiellement, le procureur du Roi Michel Bourlet. Tant son téléphone privé, que sa ligne au Palais de justice sont mis sous écoute. Toutes les conversations entrantes et sortantes ont été enregistrées. Le téléphone du chef de la cellule Nihoul, Raymond Drisket, est soumis au même régime.

Il ressort de l’enquête liégeoise qu’après quelques mois, la fuite se trouve ailleurs : un enquêteur de la police judiciaire est désigné du doigt par un journaliste de Vers l’Avenir comme étant sa source. L’enquêteur a même fait des aveux. Malgré ces nouveaux développements, on estime bien confortable à Liège de surveiller les conversations téléphoniques de Michel Bourlet et de l’enquêteur Drisket. Leur téléphone sera surveillé pendant toute la durée de l’enquête et ce, durant deux ans.

Le 23 avril 1999, le juge d’instruction Connerotte est finalement interrogé par le conseiller Joachim chargé de l’enquête. Connerotte s’étonne d’être interrogé à ce stade très tardif de l’enquête. Il trouve également que les questions qui lui sont posées sont étranges.

Connerotte : « Durant cette audition, j’ai remarqué que je n’avais pas été immédiatement soupçonné de violation du secret professionnel dans le dossier Dutroux. (...) On m’a posé des questions sur une toute autre affaire qui n’avait absolument rien à voir avec le dossier de Monsieur Joachim. C’est ainsi par exemple que l’on me demandait si je n’avais jamais participé à des petites fêtes dans la cave à vin de Monsieur De Santis à Charleroi » (un des suspects dans l’assassinat d’André Cools, ndlr) ! « Autant dire que j’étais très surpris en entendant cette question. Je sais d’où vient l’information erronée selon laquelle je connaîtrais personnellement et très bien Monsieur De Santis : c’était un membre de la police judiciaire qui voulait ainsi salir mon image. Je dois ajouter que cette attaque n’était pas directement liée à l’enquête sur les enfants disparus mais bien à l’enquête sur Dutroux concernant le trafic de voitures volées ». (Il s’agit du dossier 87/96 qui était entre les mains de la BSR de Bastogne, où l’on voyait nottamment que les policiers de Charleroi, parmi lesquels Georges Zicot, étaient soupçonnés de corruption, ndlr).

Je m’étais - par exemple dans une lettre du 13 septembre 1996 - précédemment déjà plaint de ce type de manœuvres. A ce moment-là, elles venaient toujours de la police judiciaire. Mais je n’exclus pas que certains gendarmes se soient livrés à des pratiques analogues. Je vous l’ai déjà expliqué dans une lettre du 12 octobre 2000.

Avalanche de pistes

Langlois : « Dans votre lettre, vous évoquez des pistes qui sont très largement répercutées par les médias mais qui se révèlent fausses après coup et qui ainsi portent un certain discrédit sur l’enquête. Quelles sont ces pistes ? Quels sont les éléments concrets sur lesquels vous vous basez alors que vous ne menez plus personnellement cette instruction depuis le 14 octobre 1996 ? »

Connerotte : « Je vous ai écrit ce que j’ai vécu dans les dossiers Cools et Dutroux. Dans les deux cas, nous avons été inondés d’une avalanche de pistes et je pense que cela n’a pas été de nature à faciliter le travail du juge d’instruction. Une chose que j’ai déjà soulignée et dont je me suis déjà suffisament plaint précédemment ce sont les circonstances effroyables dans lesquelles je devais travailler dans l’affaire Dutroux. (...) Quelques docteurs en droit, au cours de cette période, ont d’ailleurs fait part de leur inquiétude en voyant mon état d’épuisement physique. Ils disaient : ‘ Un beau jour, Connerotte fera des boulettes’.

Dès le début de l’affaire Dutroux, j’ai demandé à ce qu’un juge d’instruction et un greffier supplémentaires soient affectés à l’enquête. Comment un seul juge d’instruction qui dispose insuffisamment de personnel, pouvait-il avaler une montagne pareille d’informations et séparer l’important de l’accessoire ? Surtout si l’on considère qu’à cette période, très précisément en août 1996, nous courrions après les évènements et je devais être pratiquement disponible 24 heures sur 24... C’était fou. (en français dans le texte ndltr). J’ai subi ces conditions de travail comme une forme de pression. Et alors, je ne parle pas de cette autre pression qui m’a été imposée lorsque ma famille et moi-même avons été l’objet de protection de la part de la gendarmerie, aussi bien à la maison qu’au travail, et ce, 24 heures sur 24 ». (Jour et nuit Connerotte était sous la surveillance de la gendarmerie après avoir été l’objet de menace de mort, ndlr).

« Je n’estimais sûrement pas impossible que je sois l’objet de manipulations. Nous recevions tout le temps des informations sur des pistes étranges. Les médias les répercutaient mais pour nous, ce n’était que perte de temps. (...) Pensez à la secte Abrasax (la secte satanique qui à un certain moment a été soupçonnée d’abus rituel d’enfants, ndlr) et aux travaux d’excavation à Jumet. Si je me souviens bien, les premiers indices dans ces deux affaires sont apparus dans les documents qui m’avaient été mis sous le nez dès le début de l’enquête. Après coup, c’est précisement Abrasax et Jumet qui ont été utilisés par les médias comme arguments pour dire que toute l’enquête avait été manipulée, et avait abouti à de fausses pistes. J’ai vécu à peu près la même chose dans le dossier Cools, où la police avait commencé à manipuler l’affaire, en faisant également l’objet d’articles et de comptes rendus à foison dans les médias ».
http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=141

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