Dutroux : une jurée raconte le procès Procès Dutroux - Une semaine après l'arrêt, « la douzième jurée » parle de l'après-procès Un difficile retour au quotidien L'assistance juridique : discrète et efficace Pas d'écoutes téléphoniques à Arlon

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Dutroux : une jurée raconte le procès Procès Dutroux - Une semaine après l'arrêt, « la douzième jurée » parle de l'après-procès Un difficile retour au quotidien L'assistance juridique : discrète et efficace Pas d'écoutes téléphoniques à Arlon

Message  Admin le Ven 31 Oct - 11:33

Dutroux : une jurée raconte le procès Procès Dutroux - Une semaine après l'arrêt, « la douzième jurée » parle de l'après-procès Un difficile retour au quotidien L'assistance juridique : discrète et efficace Pas d'écoutes téléphoniques à Arlon

BODEUX,JEAN-LUC; BORLOO,JEAN-PIERRE

Mercredi 30 juin 2004

Dutroux : une jurée raconte le procès

JEAN-LUC BODEUX

La fin du procès de Marc Dutroux marque aussi le retour à la « normalité » pour les douze jurés. A leur rythme, ces hommes et femmes renouent avec leurs habitudes, leur vie familiale et professionnelle... Un quotidien difficile tant ce procès continue d'habiter la mémoire de la plupart d'entre eux.

Sans révéler la nature des débats et sans donner d'informations à caractère confidentiel, la douzième jurée a accepté de livrer au « Soir » ses impressions sur cette expérience hors du commun, dont il s'avère difficile de sortir « indemne », après quatre mois d'immersion dans une « bulle ». Je ne suis pas encore dans l'après-procès, concède-t-elle. Il y a eu une telle implication qu'on ne peut pas faire le vide du jour au lendemain.

Pour assurer au mieux leur retour sur terre, les jurés pourront bénéficier dans les jours qui viennent d'une assistance psychologique. Une offre exceptionnelle du ministère de la Justice qu'appelait un procès qui ne l'était pas moins.·

Pages 6 et 17

Procès Dutroux - Une semaine après l'arrêt, « la douzième jurée » parle de l'après-procès

Un difficile retour au quotidien

* Les jurés ont vécu quatre mois entre parenthèses. Des psychologues travailleront avec ceux qui le souhaitent. Regard rétrospectif sur « le » procès.

ENTRETIEN

JEAN-LUC BODEUX

Voilà une semaine, l'arrêt sur la peine mettait un terme au procès Dutroux. Fin d'un long périple pour les parties civiles, les magistrats, les avocats, le service d'ordre, la presse et les... jurés. Des jurés qui, à leur rythme, renouent désormais avec leurs habitudes, leur vie familiale et professionnelle. Un retour au quotidien difficile tant ce procès continue d'habiter la mémoire de la plupart d'entre eux. Samedi, quelques jurés ont, de leur plein gré, rejoint Arlon où les attendait une équipe d'assistance psychologique mise à leur disposition par le ministère de la Justice : une offre exceptionnelle qu'appelait un procès qui ne l'était pas moins. Dans les jours et semaines à venir, cet encadrement sera assuré à ceux des ex-jurés qui souhaitent continuer d'en bénéficier. Nous avons rencontré l'un d'entre eux : une femme qui, tout au long du procès, fut « la douzième jurée » - encore qu'elle devint la onzième après la récusation de l'un des membres du jury. Non pour dévoiler quoi que ce soit de ce qui doit rester secret, mais pour comprendre ce qui fut la vie de ces jurés durant quatre mois. Et la façon dont ils vivent désormais le « retour sur terre ».

Vous avez été immergée dans ce procès durant presque quatre mois. Comment vivez-vous le retour à la vie normale ?

Je ne suis pas encore dans l'après-procès. Il y a eu une telle implication qu'on ne peut pas faire le vide du jour au lendemain. Nous avons connu des journées de travail de 10 à 12 heures. Mais on était plongés dedans 24 heures sur 24. Actuellement, je suis crevée, je me sens lourde. On a eu un rythme de vie anormal, une alimentation peu équilibrée. J'essaie de me réalimenter sereinement, mais aller faire les courses, c'est trop. Parce que je suis fatiguée et que je n'ai pas envie de voir trop de gens. Heureusement que j'ai eu le soutien, le respect et la compréhension de mes proches durant ce procès.

Vous avez été choisie comme jurée. Le regrettez-vous ?

Non. C'est un devoir de citoyen. Si j'avais été récusée, j'aurais continué ma vie normalement et il n'y aurait eu aucune déception. J'ai été retenue, je devais assumer ce rôle à 100 %.

Un tel procès est exceptionnel à tous les niveaux. Mais dans l'absolu, si vous étiez de nouveau choisie comme jurée pour une nouvelle cour d'assises, quelle serait votre réaction ?

Pour un procès classique de trois, quatre ou cinq jours, ce serait oui. Pour un procès d'une ampleur similaire, c'est non. J'ai mis ma vie entre parenthèses pendant 4 mois. Ma vie de famille a été complètement décalée, c'est le plus dur. Idem avec les amis. On ne ressent plus les choses de la même façon. On vit à côté de la société. Je n'avais plus de regard sur rien d'autre, car je me suis coupée du monde, des médias, puisque rien ne pouvait nous influencer. C'est la première fois que j'ai été voter sans suivre une bribe de la campagne électorale !

Que pensez-vous de l'organisation du procès. N'avez-vous pas été trop cadenassée ?

L'organisation a été très bien menée et je me suis sentie protégée. C'était un fonctionnement assez lourd, mais il le fallait : nous devions rester dans notre bulle. Je n'ai jamais su ce qui se passait devant le palais. Durant la délibération, nous n'avons eu aucun contact avec qui que ce soit. Une situation un peu pesante. Dura lex, sed lex ! Reste que cette « bulle » nous protégeait.

Au contraire de vos collègues, vous êtes devenue un numéro bien précis, « la » douzième jurée, dont l'intervention inédite auprès du président de la cour a été relayée dans tous les médias d'ici et d'ailleurs ? Ce « statut » vous a-t-il gêné ?

Je ne sais pas ce que les journalistes ont dit, car je le répète, je suis restée coupée du monde de l'information. Mon intervention était naturelle, respectueuse. C'était une réflexion qui est devenue une demande. Je l'ai fait parce que j'étais frustrée par rapport à certains témoignages écourtés. Pour me forger mon intime conviction, j'ai cherché à comprendre à fond. Il ne faut pas aller plus loin. Il n'y a rien d'autre à interpréter.

Vous avez beaucoup écrit durant ce procès. Dans quel but ?

A chacun sa technique. J'ai une mémoire visuelle, c'est pour cela que je notais. Une fois écrit, c'était retenu !

Pour beaucoup, le retour à la normalité rime aussi avec retour au travail ?

Officiellement, je reprends jeudi. Nous avons reçu une dispense de travail jusqu'à cette date.

N'avez-vous pas trop perdu financièrement durant ces quatre mois ?

Nous avons reçu un forfait de 34 euros par jour et l'État a versé aux employeurs une indemnité correspondant au salaire normal. La couverture salariale était donc assurée.·

Lire aussi, en page 17, une réaction du procureur Bourlet à une interview du journaliste René-Philippe Dawant

L'assistance juridique : discrète et efficace

JEAN-LUC BODEUX

L'assistance juridique a constitué un volet discret, mais important, de ces assises où la charge émotionnelle fut intense. Florence Jacquet, assistante juridique à la maison de justice de Liège, a chapeauté avec une consoeur néerlandophone une dizaine de collègues venus de tout le pays. Ces derniers se sont relayés durant tout ce procès.

Le travail a été bien perçu, et même reconnu, même si les conditions étaient différentes de la prise en charge traditionnelle des victimes. Normalement, nous agissons au début de la procédure, explique Florence Jacquet. Dans ce cas-ci, en 1996, il y avait eu une offre du service d'accompagnement des victimes, mais personne n'a réagi. Or, on ne travaille qu'à la demande expresse des victimes. Fin 2003, le parquet général de Liège a demandé au service des maisons de justice de refaire une offre de services. Le premier contact fort a eu lieu le 12 février, quand les familles des victimes sont venues à Arlon.

Le travail de ces « assistants » est tout à la fois multiforme et continu. Il s'agit d'un rôle de premier accueil et d'écoute des victimes ou de leurs proches. Directement, ils informent sur les procédures judiciaires.

Ensuite, ils officient comme relais des victimes auprès des magistrats et assument une fonction d'accompagnement des mêmes victimes lors des audiences. C'est un travail lourd, notamment lors de la préparation de moments difficiles comme la visite de la cache de Marcinelle. Notre but est d'ôter les angoisses, de rassurer, poursuit Florence Jacquet. Le procès Dutroux sortait évidemment des normes, vu l'ampleur des moyens mis en oeuvre et le nombre de victimes. Mais notre mission était toutefois de nous rapprocher le plus possible de notre façon de faire habituelle. On a toutefois dû s'adapter à des situations inattendues, notamment lors des plaidoiries sur la peine. Et puis, la médiatisation du procès compliquait l'arrangement de moments d'intimité avec les familles. Ce fut, en fait, un fameux laboratoire d'une société en miniature.

Le procès d'Arlon aura en tout cas sorti de l'ombre cette profession relativement nouvelle. Mais il est trop tôt pour dresser un bilan précis. Tout le monde a besoin de faire un break. S'il faut dans le futur une aide psychologique à long terme, on s'orientera vers d'autres types de collaborations. Toujours à la demande des victimes. Par contre, dans le cadre d'une éventuelle libération conditionnelle des détenus, nous pourrons de nouveau intervenir de manière très proche auprès des victimes.

Florence Jacquet a toutefois déjà des propositions à formuler. Elle souligne, dans ce cas, l'importance de la « supervision hebdomadaire » dont a pu bénéficier ce service : une sorte de « debriefing » en compagnie d'une personne neutre. Elle regrette aussi que beaucoup de palais de justice ne disposent pas d'infrastructures qui permettent d'accueillir décemment les victimes. Elle espère que des moyens supplémentaires seront mis en oeuvre pour y pourvoir !·

Pas d'écoutes téléphoniques à Arlon

JEAN-PIERRE BORLOO

En plein procès Dutroux, un épiphénomène venait semer le trouble parmi les magistrats. Faisaient-ils l'objet d'écoutes téléphoniques ? La réponse serait négative. L'interception, par un journaliste, de communications passées entre trois magistrats serait le fruit d'une erreur de manipulation. C'est ce que confirmerait l'enquête en cours. Rappel.

Le 4 juin, entre 21 h 30 et 22 heures, le téléphone fixe du domicile privé du journaliste de la « Libre Belgique », Jean-Claude Matgen, sonne. Son fils décroche et entend une conversation. Il appelle son père. Le journaliste se rend compte qu'il a accès à une conversation téléphonique anodine entre Karin Gérard, magistrate au Conseil supérieur de la justice, et Philippe Morandini, magistrat de presse au procès Dutroux. Au bout d'une minute, il raccroche puis, intrigué, il reprend le récepteur. Et il entend alors une autre conversation entre Karin Gérard et Stéphane Goux, le président de la cour d'assises d'Arlon.

Question ? Les conversations ont-elles été écoutées, enregistrées, réorientées vers un journaliste qui suit l'affaire Dutroux ? Pour tirer l'affaire au clair, plainte a été déposée. Cette plainte s'orienterait vers un non-lieu.

Le numéro qui a appelé le journaliste est désormais connu ; il s'agit du GSM privé de Karin Gérard. Celle-ci aurait déclenché accidentellement un appel alors qu'elle se trouvait en ligne sur son autre GSM.

Le numéro privé du journaliste ne se trouvait pas dans son répertoire, mais il semble qu'un jour celui-ci ait tenté de la joindre de son domicile, sans succès. Par une fausse manoeuvre, le numéro d'appel de Jean-Claude Matgen aurait alors été enregistré dans le GSM de la magistrate.

Contrairement à ce qui a été dit dans un premier temps, la conversation a été entendue en temps réel par le journaliste, qui s'était trompé sur l'heure de l'appel. Il n'y a donc pas eu d'enregistrement, juste un GSM qui a accidentellement capté le message d'un autre GSM.·

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