Bande du Brabant - Hors sujet

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Bande du Brabant - Hors sujet

Message  Admin le Dim 31 Aoû - 13:49

Bande du Brabant

HAQUIN,RENE

Jeudi 27 octobre 1988

Bande du Brabant:

enquêteurs trahis,

croit un procureur

«Vos propos d'il y a quinze jours à la presse au sujet de l'enquête sur les tueurs du Brabant - Je crois que nous avons été trahis, que des personnages impliqués dans des devoirs d'enquête ont consciemment renseigné les tueurs sur les investigations judiciaires en cours, je ne vois pas d'autre explication à ce mystère, le plus grand de ma carrière - et leur gravité exceptionnelle sont l'une des raisons de la constitution de notre commission d'enquête.

» C'est pourquoi nous vous demandons des explications. Est-ce votre sentiment aujourd'hui, alors que vous venez de sortir de charge comme chef du parquet de Bruxelles, ou bien l'aviez-vous auparavant? Sur base de quels éléments? D'autres que vous étaient-ils de cet avis. Si oui, pourquoi n'y a-t-il pas eu de réaction plus tôt?»

Telles sont les principales questions posées hier, par la Commission d'enquête de la Chambre chargée d'examiner la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorisme est organisée en Belgique, à Francis Poelman, magistrat à Bruxelles depuis quarante ans et chef du parquet depuis dix ans, jusqu'à cet automne.

«C'était mon sentiment personnel, extrêmement vif», a répondu le procureur.

RENÉ HAQUIN.

Suite en sixième page.

Le procureur à la commission sur le banditisme et le terrorisme

«L'enquête sur les tueries trahie:

un sentiment général qui est le mien»

Voir début en première page.

Le procureur a parlé sous serment, comme les autres témoins: «Ce sentiment ne date pas d'aujourd'hui, dit-il. Il y a trop longtemps que tout le monde soupçonnait cela. J'aurais peut-être mieux fait de ne pas le dire. Je l'ai fait sciemment, consciemment. Certains de mes collègues n'ont sans doute pas été très heureux devant de telles déclarations. J'ai raisonné. En quarante ans de vie judiciaire, je n'ai jamais vu une affaire de cette importance, une série de dix-huit crimes différents, des investigations multiples dans toutes les directions et sans aucun résultat. Il doit y avoir eu trahison. En mettant en cause l'honnêteté de l'un ou l'autre enquêteur, je savais que j'allais créer beaucoup de mécontentement. Je puis me tromper, mais j'ai dit ce que je pensais en conscience.»

Quelque chose

avait coincé

Témoignage lourd comme un orage qui menace sans éclater, qui manque aussi de densité et laisse les députés sur leur faim. Dans la foulée de M. Mottard, MM. Beckers, Bourgeois, Eerdekens, Laurent reviennent à la charge. De façon polie, la commission avait fait part de son malaise face à l'optimisme affiché aujourd'hui par le premier substitut Van Doren, puis le procureur Poelman, en matière de bonne coopération entre les corps de police et avec les autorités judiciaires, alors que des universitaires, des journalistes, des policiers et des gendarmes avaient, depuis le mois de juin, souligné le manque de coordination et de coopération, exemples à l'appui. L'échec de l'enquête sur les tueurs est-il dû à un manque de coordination ou à un phénomène de trahison? Si certains ont trahi, l'ont-ils fait par esprit de lucre ou s'agit-il de complicités actives, politiques, avec les tueurs?

La question de M. Laurent reste sans réponse précise: «Je n'ai eu ce dossier que pendant quelques semaines, dit M. Poelman. Pour moi, jamais une enquête de cette envergure sur autant de crimes n'est restée sans résultat. Quelque chose devait avoir coincé. Cela se respirait dans les rapports que j'avais avec les enquêteurs bruxellois délégués à Nivelles. Où a-t-on été trahi, à quel degré, en bas ou en haut, dans quel but? Je l'ignore. On a cherché, puisqu'on a trouvé le gendarme Amaury (1). La déception des policiers, des gendarmes, des magistrats est devenue la mienne, et celle de tout le monde.»

Deux exemples

de trahison

Pourquoi n'avoir pas parlé plus tôt? lui demande-t-on. A-t-il pris contact avec le procureur Deprêtre de Nivelles, où les enquêtes étaient centralisées? Avec le procureur général?

«M. Deprêtre fonçait dans toutes les directions. Il n'y avait pas besoin de le lui dire. Quand j'ai appris l'arrestation d'Amaury, j'ai eu l'impression qu'on commençait à comprendre. J'en ai parlé au procureur général.»

Qu'a-t-on fait? Qui a décidé de centraliser les affaires à Nivelles plutôt qu'à Bruxelles? Pourquoi avoir rapidement nommé le premier juge Wezel à la cour d'appel? Cette «promotion» n'a-t-elle pas contrarié l'instruction? Après le dessaisissement de M. Schlicker par la Cour de cassation, n'aurait-on pas dû centraliser tout à Bruxelles?

«S'il y a eu trahison, comme j'en ai l'impression, cela se serait passé tout autant à Bruxelles. Dans deux enquêtes importantes qui n'aboutissaient pas, nous avons eu à Bruxelles à connaître de deux trahisons. Celle du substitut Leroy qui, pour des raisons que nous avons ignorées jusqu'au bout, avait transmis un dossier sur un trafic de drogue. Et dans un corps de police, le cas d'un enquêteur qui prenait connaissance du dossier de ses collègues et s'arrangeait pour faire évacuer les témoins. Dans l'affaire des tueries, vous devez poser la question à M. Deprêtre, dont c'était l'enquête, et au procureur général qui avait ordonné que tout soit transmis à Nivelles. Ce n'était pas mon dossier. Sur la nomination de M. Wezel, je n'ai rien à dire, c'est le problème du monde politique.»

Pas à la légère

Le président de la commission, le député Bourgeois, annonce qu'il convoquera le procureur de Nivelles et le procureur général, les juges Wezel, Schlicker et Lacroix. Il ajoute: «Le procureur M. Poelman a attendu d'être libéré de sa charge pour parler. Dans l'exercice de ses fonctions, on lui aurait demandé de se justifier.»

Comparant l'enquête sur les C.C.C., bien organisée, à l'échec de celle sur les tueurs du Brabant, M. Eerdekens parle d'improvisation, de manque de sérieux, d'interrogatoires contradictoires de suspects par plusieurs polices, de reconstitutions tardives, d'expertise balistique laissée au fond d'un tiroir, autant de failles dans lesquelles la défense s'est engouffrée...

«Dire qu'on a pris l'enquête à la légère me semble fort aventureux, répond M. Poelman. Vous connaissez mon sentiment. Je puis me tromper. Je pense qu'il y a eu des fuites. Qui? A quel niveau? Je l'ignore. Mais tout le monde le pensait. Il suffisait que des décisions de la cellule d'enquête d'effectuer telle ou telle vérification soient communiquées à l'un des tueurs, par exemple par quelqu'un de la cellule, ou par une épouse, pour expliquer pourquoi on faisait buisson creux.»

La commission interrogera les responsables de l'enquête. Si l'«impression personnelle» de M. Poelman doit être confirmée, elle bouleversera la suite de l'enquête parlementaire qui, jus-qu'ici, avait souligné des insuffisances dans l'organisation de la lutte contre le grand banditisme et le terrorisme, sans mettre le doigt sur des impostures internes discréditant l'appareil...

R. Hq.

(1) Amaury, sous-officier de gendarmerie, inculpé d'association de malfaiteur dans le cadre de l'instruction de l'affaire Mendez.

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